le ponte Vecchio

le ponte Vecchio

29 avr. 2008

le temps de respirer sept fois, c'est assez pour se décider


Le seigneur Takanobu Ryuzo fit un jour cette observation:

" Si l'on hésite trop longtemps devant une décision, on s'endort." Et le seigneur Naoshige: "Quand on prend son temps, l'action tourne mal sept fois sur dix." Il est très difficile de prendre une décision quand on est en émoi. Mais si, sans souci des détails, on aborde le problème avec un esprit tranchant comme un rasoir, il ne faudra pas plus de temps pour se décider que pour respirer sept fois. Il suffit d'examiner le problème calmement et avec détermination d'aller à l'essentiel... extraits de Yukio Mishima -Le japon moderne et l'éthique samouraï .

traduit de l'anglais par Emile Jean aux éditions Gallimard

hum...Je vais essayer de prendre le problème calmement et avec détermination , d'aller à l'essentiel...demain...)

J'ai pris le problème calmement et avec détermination, je suis allée à l'essentiel ...Au milieu de mon petit désordre de jardin , j'ai placé le livre de Mishima et mon bol de thé à portée de mains, un bâton d'encens à la figue que j'ai planté à même la terre, une musique traditionnelle vietnamienne un peu plus loin sous le cabanon bleu, ça ressemblait à une méditation du travail, ce fut un moment très agréable qui a duré jusqu'au coucher du soleil.


j'ai repiqué des dizaines et des dizaines de cosmos rose et blanc, rempoté des ipomées, repiqué des coloquintes, planté des batavias, de la coriandre, des pieds de tomates, avec un peu plus loin une armée d'oeillets d'inde pour faire peur aux pucerons qui ne se risqueront plus a dévorer mes jolies tomates coeur de boeuf. J'adore être dans le silence de la nature après 6h quand les oiseaux chantent encore, tout est calme , apaisé, je donne à boire à chaque fleurs consciencieusement, juste la quantité que réclame la terre, dans le silence avant la nuit .




25 avr. 2008

vendredi matin au marché de la Bernerie...

Petites phrases ensoleillées, croisées ce matin au marché!
-La vie est belle!
-Oui la vie est très belle!
-j'adore les marchés et le lilas!
-oui, la vie est très belle aujourd'hui ...



18 avr. 2008

La phylosophie du cygne

...."Buffon se lance ensuite dans une riche nomenclature comme je les aime, faisant le tour du monde en mots. Cygnes se dit kuknos en grec; olor en latin, en arabe, baslak ou cinnana; en italien, cygno, cino ; en espagnol, cisne ; en catalan, signe ; en allemand, schwan ; en saxon et en suisse, elbsch ( supposé dérivé du latin albus, blanc) ; en anglais swan, et le petit, cygnet ; en suédois, svan ; en illyrien, labut ; en polonais, labec ; aux Philippines, tagac... après cela il insiste sur la grande beauté de l'oiseau, sa forme, ses mouvements, et prend à témoin Virgile,Ovide et une douzaine d'autres poètes. il ajoute que le cygne est également intelligent(" il ruse sans cesse pour attraper et saisir du poisson") et fort (" son coup d'aile pourrait casser la jambe d'un homme"). il vit aussi une longue vie-certains disent jusqu'a trois cent ans...
("ce qui est sans doute exagéré")
Puis Buffon passe à la géographie.
Puisque les cygnes se nourrissent souvent d'herbes de marécages et d'algues, ils aiment s'installer sur les fleuves tranquilles et les lacs.
ainsi donc l'oiseau est un "farouche voyageur du monde" et il est beau- mais c'est aussi
un modèle politique:" il est en paix avec toute la nature ; il vit en ami plutôt qu'en roi, au milieu des nombreuses peuplades des oiseaux aquatiques, qui toutes semblent se ranger sous sa loi;
il n'est que le chef d'une république tranquille , où les citoyens n'ont rien à craindre d'un maître qui ne demande qu'autant qu'il leur accorde, et ne veut que calme et liberté."

et plus loin... l'Arrivée.... Pendant ces quelques jours qui suivirent, j'ai hanté ce lieu. c'était tellement beau sur le bord du lac : les roseaux, le calme , la clarté de l'air. Je longeais les rives, ou m'allongeait sous un arbre, et attendais.
Deux jours passèrent , puis trois, puis quatre, sans que rien ne se produise.
Voici comment
j'ai continuer à vivre
jour après jour
sans que rien n'arrive...


Je continuais à marcher en silence au bord du lac. Puis au soir du cinquième jour d'attente attentive dans le crépuscule bleu et rose, il y eu un grand cri dans l'air, un grand...houhouhou!!!!suivi d'un bruissement d'ailes.
Soudain le bruit fut rempli de clameurs et de bruissement d'ailes. C'était comme le cri entendu autre fois sur la méditérannée: Le Grand Pan est mort, mais dans le sens inverse.

Soudain le vide fut rempli de clameurs et de battements d'ailes.
ils arrivaient en groupes de cinq à dix.
d'abord un groupe.
Puis un autre
Puis un autre.


J'ai attendu jusqu'au moment ou il y eut environ quatre vingt dix oiseaux sur le lac, puis je suis rentré à l'auberge pour dormir, avec la ferme intention de me lever avant l'aube.
Longtemps avant l'aube, j'étais aux aguets parmi les roseaux du lac, dans le marais jusqu'au genoux à un certain moment, attendant le lever du jour.
Ce sont les canards qui se sont réveillés les premiers, rasant la surface de l'eau, dans une grande agitation, tandis que les cygnes dormaient toujours.. Un miroitement et un frémissement sur les eaux bleu sombre, le vent dans les herbes dorées...
Ce n'est que lorsque le soleil s'est levé que les oiseaux à tête blanche se sont réveillés, déployant leurs puissantes ailes, et commençant à pousser un cri, tantôt ici, tantôt là.
Je suis restée au milieu des roseaux à les regarder , à les écouter, puis l'un d'eux s'est élevé dans l'air, suivi d' un petit groupe , tous criant en choeur.
Ils ont tourné, tourné, ils ont tourné tourné dans l'air vif et clair. Je les ai suivis des yeux et de l'esprit.

Sur le lac vide
ce matin du monde

les cygnes sauvages



Extraits du livre de Kenneth White "Les cygnes sauvages." Voyage - Haîku.

traduit de l'anglais par Marie Claude White aux éditions Bernard Grasset.

6 avr. 2008

le jardin du vent

" Le vent du printemps
apporte dans ma soupe
des pivoines blanches."
extraits des 99Haiku de Ryôkan, moine Zen japonais du dix-huitième siècle(ed. Verdier)
Le haiku,"sorte de balafre légère tracée dans le temps"comme dit Roland Barthes,
réussit à exprimer en peu de mots ce que l'encre suscite en quelques traits de pinceau
dans la calligraphie ou la peinture: un moment privilégié, un instant de lumière, un éveil.
L'un et l'autre naissent d'un même souffle, d'un même élan, au terme d'un intense recueillement.
Tenu au bout des doigts, le pinceau, gorgé d'encre, est suspendu verticalement
au dessus du papier puis, d'un seul mouvement, il trace un signe noir
qui s'inscrit avec la force de l'évidence sur la surface blanche :
un mot, un kaki, un héron.